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La Hongrie élit un nouveau procureur général après la chute d'Orban
information fournie par AFP 03/11/2026 à 15:37

Le nouveau procureur général hongrois Peter Fejes (à droite), le 3 novembre 2026 à Budapest ( AFP / Attila KISBENEDEK )

Le nouveau procureur général hongrois Peter Fejes (à droite), le 3 novembre 2026 à Budapest ( AFP / Attila KISBENEDEK )

Les députés hongrois ont élu mardi un nouveau procureur général dans le cadre de l'initiative du Premier ministre Peter Magyar visant à demander des comptes à son prédécesseur à la tête du gouvernement, le nationaliste Viktor Orban, et à ses alliés soupçonnés de corruption.

Le Parlement a confirmé Peter Fejes, 65 ans, un procureur de carrière qui a récemment pris sa retraite, à ce poste clé à un moment où les enquêtes sur la corruption au plus haut niveau s'accélèrent en Hongrie.

Trois ex-ministres sont actuellement en détention, dont Gyorgy Matolcsy, qui a dirigé pendant 12 ans la banque centrale et qui était considéré jadis par M. Orban comme son "bras droit".

M. Fejes a obtenu 139 voix en sa faveur - six députés ont voté contre lui - dans un vote à bulletin secret au sein de l'assemblée de 199 membres, où le parti Tisza de M. Magyar détient plus des deux tiers des sièges.

Le parti Fidesz de Viktor Orban et son allié le KDNP ont pour leur part boycotté le vote.

"Au nom de tous les Hongrois, je vous souhaite plein de succès dans votre travail. Tremblez, voleurs ! Et tous les autres criminels aussi", a lancé M. Magyar sur Facebook, peu après que M. Fejes a prêté serment au Parlement pour un mandat de neuf ans.

La confiance des Hongrois envers le parquet s'est érodée au cours des 16 années de règne de M. Orban, des voix critiques accusant cette institution fortement centralisée de protéger le cercle rapproché du Premier ministre de tout contrôle.

Excuses

"L'accent doit être mis sur le professionnalisme, la rapidité et l'indépendance vis‑à‑vis de la politique", a déclaré M. Fejes au site internet conservateur Valasz Online, se disant prêt à rouvrir des dossiers classés.

Après son élection, il a présenté ses excuses devant le Parlement pour "certaines décisions prises par le parquet ces derniers temps – ou pour son inaction – qui ont, à juste titre et de manière compréhensible, heurté le sens de la justice" du peuple.

Un premier candidat pour le poste de procureur général avait été écarté le mois dernier en raison de soupçons contre son frère dans l'affaire du "convoi d'or" ukrainien, à savoir l'interception en mars de véhicules blindés de la banque publique ukrainienne Oschadbank traversant la Hongrie.

Sept employés ont été placés en détention et des millions de dollars, d'euros et de lingots d'or ont été saisis.

Le précédent procureur général, Gabor Balint Nagy, avait démissionné en juillet sous la pression de Peter Magyar, qui a promis de débarrasser la Hongrie de "toutes les marionnettes" de Viktor Orban. Son départ avait également été lié à la controverse du "convoi d'or".

Cette opération spectaculaire, quelques semaines avant les législatives, pendant que Viktor Orban faisait campagne sur la menace sécuritaire constituée selon lui par Kiev, s'est finalement soldée par un non-lieu. Les personnes arrêtées ont été relâchées et l'argent ainsi que les lingots d'or saisis restitués.

Une enquête reste toutefois en cours. Le procureur chargé du dossier, Pal Furcht, a démissionné en juin après avoir affirmé que les éléments recueillis pointaient vers une implication directe de Viktor Orban.

"Strict minimum"

D'autres enquêtes potentiellement explosives pour l'ancien pouvoir sont en cours.

Gyorgy Matolcsy, ministre de l'Economie de 2010 à 2013 avant de prendre la tête de la banque centrale, a été arrêté le mois dernier pour fraude économique grave. Un mandat d'arrêt international a par ailleurs été émis contre son fils Adam Matolcsy.

Deux autres anciens ministres ont été placés en détention depuis septembre. L'ex-ministre de la Culture Balazs Hanko est accusé d'avoir détourné plus de 40 millions d'euros d'argent public au profit de la campagne électorale de Viktor Orban.

Miklos Sesztak est quant à lui accusé d'avoir accepté plusieurs millions d'euros de pots-de-vin lorsqu'il était ministre du Développement national entre 2014 et 2018. Les enquêteurs ont découvert chez lui deux coffres-forts d'1,6 tonne chacun, bien que vides.

Face à ces événements, Viktor Orban, qui a dirigé la Hongrie de 2010 à 2026, dénonce des procédures ayant un caractère "politique" destinées à l'atteindre et à détruire son parti, le Fidesz.

Pour l'avocat Lorant Horvath, ces affaires ne sont toutefois que la partie émergée de l'iceberg.

"Les procureurs n'ont pour l'instant fait que le strict minimum", a-t-il déploré auprès de l'AFP, soulignant que de nombreuses révélations concernant des malversations bien plus graves restent à examiner.

"Il y a tellement d'affaires qu'il paraît inévitable que Viktor Orban finisse par être tenu pour responsable. Le convoi d'or est le point de départ le plus évident car l'enquête le concernant est pratiquement terminée", a-t-il ajouté.

La directrice de la nouvelle agence anticorruption, la NVVH, Anna Unger, a toutefois prévenu que parvenir à d'éventuelles condamnations pourrait prendre de nombreuses années.

Un site en ligne gouvernemental recense déjà plus de 60 affaires transmises aux enquêteurs, portant sur des milliards d'euros d'argent public.

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